Village MALOUNGA1à MAYUMBA, le 2 juin 2026
Peuple du Gabon,
Frères et sœurs,
« L’enfant qui jette la nourriture alors que son frère a faim
est maudit par les ancêtres » dit le proverbe.
Comment vous dire mon étonnement ? Comment vous dire mon
désarroi ?
1. Le scandale de Nkok
On me dit qu’une usine de fabrication de médicaments dort
dans la Zone Économique de Nkok. Elle dort pendant que nos hôpitaux n’ont pas
de paracétamol. Elle dort pendant que nos mères achètent des antibiotiques à la
sauvette au marché. Elle dort avec près de *2.000.000 de tonnes de produits
pharmaceutiques en cours de péremption*.
Deux millions de tonnes. Lisez bien.
Deux millions de tonnes de gâchis, de négligence, de
mépris.
2. L’indifférence qui tue
Où est le Ministère de la Santé ? Silencieux.
Où est l’Agence du Médicament ? Muette.
Où sont les députés qui votent les budgets ? Aveugles.
Où sont les ONG de la santé ? Occupées.
Pendant ce temps, le Gabonais meurt de palu faute de
quinine. Le Gabonais meurt d’infection faute d’amoxicilline. Le Gabonais est
évacué au Maroc pour acheter des médicaments qui pourrissent à Nkok, à 27 km de
Libreville.
Quel est ce pays où l’on préfère laisser périmer des
médicaments plutôt que de soigner son peuple ?
Quel est ce gouvernement qui déclare l’eau *« priorité
universelle »* mais laisse des perfusions sécher dans des cartons ?
Quelle est cette élite qui coupe des rubans d’usines mais
ne coupe jamais le ruban de la souffrance ?
3. Le crime du gâchis
Gaspiller le médicament, c’est gaspiller la vie.
Deux millions de tonnes, c’est combien de vies ? Combien de
crises de drépanocytose qu’on pouvait calmer ? Combien de diabétiques qu’on
pouvait stabiliser ? Combien d’enfants qu’on pouvait sauver ?
C’est un crime. Un crime sans fusil. Un crime de bureau, de
signature, d’indifférence. Et comme toujours au Gabon, *personne n’est
responsable*. L’usine n’a pas de père. Les médicaments n’ont pas de mère. La
péremption n’a pas de coupable.
4. Mon étonnement, ma colère
Je suis étonné qu’on construise des usines pour ne pas s’en
servir.
Je suis désarçonné qu’on produise des remèdes pour les
jeter.
Je suis révolté qu’on enterre des milliards dans la zone de
Nkok pendant qu’on enterre des Gabonais faute de soins.
Si Mayumba n’a pas d’hôpital, donnez-lui les médicaments de
Nkok.
Si Bitam n’a pas de pharmacie, donnez-lui les stocks qui
pourrissent.
Si la CNAMGS est vide, remplissez-la avec ce qui dort
là-bas.
5. L’exigence immédiate
1. *Audit d’urgence* : Que le gouvernement publie en 72h
l’inventaire exact de cette usine. Nature des produits. Dates de péremption.
Valeur.
2. *Réquisition nationale* : Que tous les produits encore
valables soient distribués gratuitement dans les hôpitaux et centres de santé
du pays. Maintenant.
3. *Sanctions* : Que les responsables de ce gâchis
répondent devant la Nation. Un médicament périmé par ta faute doit être une
démission.
4. *Fin de l’indifférence* : Plus jamais une usine
stratégique ne doit tourner à vide pendant que le peuple meurt.
Frères, sœurs,
On ne développe pas un pays avec des usines fantômes et des
cimetières pleins.
On ne respecte pas un peuple en laissant pourrir ce qui
peut le guérir.
*Je suis étonné. Je suis en désarroi. Je suis en
colère.*
Et tant que ces médicaments n’iront pas dans le corps des
malades, ma bouche ne se taira pas.
*Que les ancêtres nous pardonnent ce gâchis.*
*Que les malades nous pardonnent notre silence.*
*PAPA KOUMBA MBOULA*
*TRADITIONALISTE, VIGIE DU PEUPLE*
*La bouche des sans-voix*
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