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Politique Marcelin Alinou 2026-09-10 59 Vues Comments (0 Comment(s))

L’Iboga et l’ibogaïne sont Gabonais, de la forêt Gabonaise aux laboratoires étrangers « Par Guy Bertrand MAPANGOU »

L'iboga est aujourd'hui au centre d'un regain d'intérêt scientifique international. Son principal alcaloide, l'ibogaine, fait l'objet de recherches dans plusieurs laboratoires étrangers, notamment pour son potentiel dans le traitement des addictions. De nouvelles études explorent également ses effets possibles sur la dépression et certains troubles associés aux traumatismes psychiques.

Mais derrière cette actualité scientifique se trouve une histoire beaucoup plus ancienne, profondément liée au Gabon.

L'iboga n'est pas une invention de laboratoire. C'est une plante profondément enracinée dans le patrimoine naturel, culturel et spirituel gabonais.

L'ibogaine entre officiellement dans l'histoire scientifique occidentale au début du XXe siècle. En 1901, les chimistes français Jean Dybowski et Edouard Landrin publient à l'Académie des sciences une méthode d'extraction de cet alcaloide à partir du Tabernanthe iboga. La même année, Albert LANDRIN publie une autre étude qui confirme les propriétés de libogaine.

Cette découverte scientifique ne doit toutefois pas faire oublier une réalité essentielle : les propriétés de liboga étaient connues depuis des millénaires par les chamanes gabonais.

Au Gabon, la plante était déjà utilisée depuis des générations, notamment dans les pratiques initiatiques du Bwiti. Les savoirs ancestraux, transmis par les communautés, constituaient un élément essentiel de l'histoire de liboga.

L'ouvrage De l'iboga et de libogaine, publié à Paris par Albert LANDRIN en 1905, apporte à cet égard un éclairage particulièrement intéressant.

Dans ses premières pages (t. 1, chap. 1-13), l'auteur décrit des usages locaux de l'iboga, notamment comme un tipiote et dans les pratiques initiatiques. Il souligne également que les propriétés attribuées à la plante par les populations africaines ont contribué à orienter les premières recherches thérapeutiques.

L'ouvrage fournit par ailleurs des indications précieuses sur la récolte, la préparation et l'usage de l'iboga, selon les savoirs traditionnels rapportés du cap Lopez, situé à rogooué, au Gabon, et dans le nord-est du territoire.

Les pages 377 à 472 décrivent déjà différents procédés d'extraction et de purification ainsi que plusieurs formes de libogaine.

Ces éléments ne suffisent évidemment pas, à eux seuls, à établir une propriété exclusive du Gabon: ils montrent au lecteur contemporain mais ils constituent cependant une documentation historique qui mérite d'étre étudiée avec toute l'attention nécessaire.

Près d'un siècle après les premières recherches européennes, un nouvel épisode vient donner une dimension particulière à cette histoire.

En 1987, Howard Lotsof, accompagné notamment de son épouse Norma, de Bob Sykes et de leur interprète Bill Gladstone, se rend à Libreville. Il souhaite obtenir de liboga pour poursvivre ses recherches sur le potentiel de l'ibogaine dans le traitement des addictions.

Le groupe rencontre le président Omar Bongo et son conseiller scientifique, le Dr Jean-Noël Gastist.

Selon le récit, de ce voyage rapporté dans The Ibogaine Story: Report on the States Mind Project, la démarche de Lotsof aurait été axée sur la découverte d'une plante aux vertus thérapeutiques, notamment dans le traitement de la dépendance et des troubles psychiques. Il évoque également la possibilité d'extraire libogaine dans un contexte scientifique et médical.

Le récit de Howard Lotsof rapporte un échange particulièrement symbolique avec le président Omar Bongo. Lotsof aurait expliqué que les Etats-Unis et d'autres pays étaient confrontés à une importante crise de dépendance et qu'ill croyait que liboga pouvait contribuer à combattre ce fléau.

Lorsque Lotsof lui révèle à son tour qu'il avait été initié, la relation de confiance aurait été établie.

Selon ce même récit, Omar Bongo accepta alors de mettre l'écorce de l'arbre à disposition de la fondation NIDA et aurait déclaré: « Ce sera le cadeau du Gabon au monde. »

Cette phrase, devenue emblématique, témoigne d'une volonté de mettre une ressource gabonaise au service de la recherche et potentiellement, de la santé humaine.

Mais elle pose aussi, avec le recul, une question essentielle : comment faire en sorte qu'un patrimoine offert à la recherche mondiale demeure également au bénéfice du pays et des communautés qui en sont les dépositaires historiques?

Il ne s'agit ni de stigmatiser les laboratoires étrangers, ni de remettre en cause les relations diplomatiques et scientifiques du Gabon avec ses partenaires.

La recherche sur libogaine doit pouvoir se poursuivre, la coopération scientifique internationale est même indispensable.

Mais coopération ne signifie pas effacement de l'origine

De la foret gabonaise aux laboratoires étrangers, l'histoire de l'ibogaine est celle d'une rencontre entre une plante, des savoirs traditionnels et la science moderne.

Cette histoire mérite désormais d'être documentée avec davantage de rigueur: retrouver les archives, identifier les spécimens sortis du Gabon, documenter les savoirs des communautés, retracer les différentes étapes de la recherche et examiner les questions de propriété intellectuelle et de valorisation.

L'enjeu n'est pas de réécrire l'histoire ni de s'opposer à la science

Il est de faire en sorte que l'histoire scientifique de libogaine ne fasse pas disparaitre son histoire gabonaise.

Plus d'un siècle après l'identification de l'ibogaine. L'intérêt scientifique pour cette molécule connait un nouvel essor.

Le Gabon doit saisir cette opportunité pour renforcer la recherche nationale, préserver les savoirs traditionnels, documenter son patrimoine et construire avec ses partenaires des collaborations fondées sur la reconnaissance mutuelle et l'égalité.

L'iboga peut être étudiée dans les laboratoires du monde entier.

Mais son histoire commence au Gabon

Si liboga a pu être offert au monde comme un cadeau, il appartient désormais au Gabon de veiller à ce que ce cadeau ne se traduise jamais par l'oubli de son origine, de ses savoirs et de ceux qui l'ont préservé.

Alinou Marcelin

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