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Economie Marcelin Alinou 2026-11-02 79 Vues Comments (0 Comment(s))

LA SANTÉ PHARMACEUTIQUE AU BORD DU GOUFFRE : 10 MOIS D’ARRÊT, DES EMPLOYÉS SANS SALAIRE ET UNE DETTE DE L’ÉTAT QUI TARDE À ÊTRE RÉGLÉE

Économie -Gabon | Nkok

Une entreprise stratégique pour la souveraineté pharmaceutique nationale se retrouve prise au piège des lenteurs administratives. Malgré la livraison d’une commande de médicaments au ministère de la Santé depuis près de trois mois, le règlement attendu ne serait toujours pas effectif. Pendant ce temps, près de 100 employés vivent dans la précarité et l’avenir de l’usine demeure incertain.

C’est un paradoxe qui interpelle au moment où le Gabon affiche son ambition de renforcer sa souveraineté sanitaire. À la zone industrielle de Nkok, La Santé Pharmaceutique, présentée comme l’un des outils industriels de référence dans la fabrication de médicaments au Gabon, traverse une crise particulièrement préoccupante. Depuis plusieurs mois, l’entreprise est à l’arrêt, ses employés sont privés de salaires et plusieurs tonnes de médicaments sont exposées au risque de péremption.

Cette situation intervient pourtant dans un contexte où les plus hautes autorités du pays avaient clairement affiché leur volonté de garantir la disponibilité des produits pharmaceutiques sur l'ensemble du territoire national. Lors d'une réunion consacrée aux difficultés d'approvisionnement en médicaments, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait fermement rappelé l'obligation de l'État en la matière : « Je n'accepterai plus qu'un Gabonais se présente dans un centre de santé et reparte sans les médicaments dont il a besoin. La disponibilité des produits de santé est une obligation de l'État, pas une option. »

Une déclaration forte qui avait suscité beaucoup d'espoir chez les promoteurs de l'entreprise et les travailleurs. Dans la foulée, une commande de médicaments génériques aurait été passée par le ministère de la Santé auprès de La Santé Pharmaceutique. Les produits ont été fabriqués, livrés et, selon les informations communiquées, distribués dans plusieurs structures sanitaires du pays.

Mais trois mois après cette livraison, le paiement de cette commande se ferait toujours attendre. Une situation difficilement compréhensible pour les responsables de l'entreprise, d'autant plus que cette rentrée financière aurait pu constituer un véritable levier pour relancer les activités industrielles, préserver les équipements et amorcer le règlement des arriérés de salaires.

Près de 100 employés dans la tourmente sociale

Derrière les difficultés financières de l'entreprise se cache une réalité humaine particulièrement alarmante. Près de 100 travailleurs seraient concernés par le chômage technique et les conséquences de plusieurs mois d'impayés. Loyers, scolarité des enfants, alimentation et charges quotidiennes : autant de préoccupations auxquelles ces familles ne parviennent plus à faire face.

Un employé, visiblement éprouvé par cette situation, témoigne de son incompréhension et de son désarroi :

« Nous ne comprenons plus vraiment ce qui se passe. Une bonne quantité de médicaments a été livrée au ministère de la Santé, qui les a ensuite distribués dans les différents centres de santé. Mais depuis lors, aucune suite n'a été donnée. Le règlement de cette dette aurait permis de relancer l'activité au sein de l'usine et d'éviter que les machines ne prennent un coup. Il aurait également servi à payer une partie de nos arriérés de salaires. Nous sommes privés de salaire depuis bientôt dix mois. Nous avons des loyers à payer, des enfants à scolariser et des besoins quotidiens auxquels il faut faire face. Nous sollicitons une fois de plus l'intervention du Chef de l'État, car notre survie et celle de l'entreprise en dépendent », confie-t-il avec émotion.

Le ministère de l'Économie et du Budget attendu au tournant

Du côté de la comptabilité, les explications avancées orientent désormais les regards vers les circuits de traitement et de règlement de la dépense publique. Selon une source proche du dossier, le ministère de la Santé aurait déjà accompli les démarches nécessaires à la prise en charge de la facture. Le blocage se situerait désormais au niveau des procédures administratives et financières relevant du ministère de l'Économie et du Budget.

Si ces informations se confirment, la situation soulève une question fondamentale : comment une entreprise qui a répondu à une commande publique, livré les produits attendus et contribué à l'approvisionnement des structures sanitaires peut-elle rester aussi longtemps dans l'attente du règlement de sa créance ?

Au-delà du différend financier, c'est toute une chaîne de valeur qui se trouve fragilisée : l'emploi, la production locale, la disponibilité des médicaments et, surtout, la crédibilité des ambitions nationales en matière d'industrialisation pharmaceutique.

La souveraineté pharmaceutique à l'épreuve des lenteurs administratives

L'affaire La Santé Pharmaceutique dépasse désormais le seul cadre d'une entreprise en difficulté. Elle pose la question de la cohérence entre les ambitions politiques affichées en faveur de la production locale et les mécanismes administratifs chargés de les concrétiser.

Car à quoi servirait d'encourager l'implantation d'industries pharmaceutiques au Gabon si celles-ci ne peuvent honorer durablement leurs engagements faute de règlement des commandes publiques ?

Aujourd'hui, les investisseurs et les employés attendent un dénouement rapide. Le règlement de la créance pourrait représenter une bouffée d'oxygène pour une entreprise dont les capacités de production risquent de se détériorer davantage avec le temps.

À Nkok, l'urgence n'est donc plus seulement industrielle : elle est aussi économique et sociale. Derrière les factures en attente, ce sont près de 100 familles qui espèrent retrouver leur dignité professionnelle et une usine qui attend de pouvoir reprendre ses activités.

Le dernier mot revient désormais aux autorités financières de l'État. Car sauver La Santé Pharmaceutique, c'est aussi donner une traduction concrète à l'ambition de souveraineté sanitaire portée par les plus hautes autorités du pays.

Max Ndong

Alinou Marcelin

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