Économie -Gabon | Nkok
Une entreprise stratégique pour la
souveraineté pharmaceutique nationale se retrouve prise au piège des lenteurs
administratives. Malgré la livraison d’une commande de médicaments au ministère
de la Santé depuis près de trois mois, le règlement attendu ne serait toujours
pas effectif. Pendant ce temps, près de 100 employés vivent dans la précarité
et l’avenir de l’usine demeure incertain.
C’est un paradoxe qui interpelle au moment où
le Gabon affiche son ambition de renforcer sa souveraineté sanitaire. À la zone
industrielle de Nkok, La Santé Pharmaceutique, présentée comme l’un des outils
industriels de référence dans la fabrication de médicaments au Gabon, traverse
une crise particulièrement préoccupante. Depuis plusieurs mois, l’entreprise
est à l’arrêt, ses employés sont privés de salaires et plusieurs tonnes de
médicaments sont exposées au risque de péremption.
Cette situation intervient pourtant dans un
contexte où les plus hautes autorités du pays avaient clairement affiché leur
volonté de garantir la disponibilité des produits pharmaceutiques sur
l'ensemble du territoire national. Lors d'une réunion consacrée aux difficultés
d'approvisionnement en médicaments, le président de la République, Brice
Clotaire Oligui Nguema, avait fermement rappelé l'obligation de l'État en la
matière : « Je n'accepterai plus qu'un Gabonais se présente dans un centre de
santé et reparte sans les médicaments dont il a besoin. La disponibilité des
produits de santé est une obligation de l'État, pas une option. »
Une déclaration forte qui avait suscité
beaucoup d'espoir chez les promoteurs de l'entreprise et les travailleurs. Dans
la foulée, une commande de médicaments génériques aurait été passée par le
ministère de la Santé auprès de La Santé Pharmaceutique. Les produits ont été
fabriqués, livrés et, selon les informations communiquées, distribués dans
plusieurs structures sanitaires du pays.
Mais trois mois après cette livraison, le
paiement de cette commande se ferait toujours attendre. Une situation
difficilement compréhensible pour les responsables de l'entreprise, d'autant
plus que cette rentrée financière aurait pu constituer un véritable levier pour
relancer les activités industrielles, préserver les équipements et amorcer le
règlement des arriérés de salaires.
Près
de 100 employés dans la tourmente sociale
Derrière les difficultés financières de
l'entreprise se cache une réalité humaine particulièrement alarmante. Près de
100 travailleurs seraient concernés par le chômage technique et les
conséquences de plusieurs mois d'impayés. Loyers, scolarité des enfants,
alimentation et charges quotidiennes : autant de préoccupations auxquelles ces
familles ne parviennent plus à faire face.
Un employé, visiblement éprouvé par cette
situation, témoigne de son incompréhension et de son désarroi :
« Nous ne comprenons plus vraiment ce qui se
passe. Une bonne quantité de médicaments a été livrée au ministère de la Santé,
qui les a ensuite distribués dans les différents centres de santé. Mais depuis
lors, aucune suite n'a été donnée. Le règlement de cette dette aurait permis de
relancer l'activité au sein de l'usine et d'éviter que les machines ne prennent
un coup. Il aurait également servi à payer une partie de nos arriérés de
salaires. Nous sommes privés de salaire depuis bientôt dix mois. Nous avons des
loyers à payer, des enfants à scolariser et des besoins quotidiens auxquels il
faut faire face. Nous sollicitons une fois de plus l'intervention du Chef de
l'État, car notre survie et celle de l'entreprise en dépendent », confie-t-il
avec émotion.
Le
ministère de l'Économie et du Budget attendu au tournant
Du côté de la comptabilité, les explications
avancées orientent désormais les regards vers les circuits de traitement et de
règlement de la dépense publique. Selon une source proche du dossier, le
ministère de la Santé aurait déjà accompli les démarches nécessaires à la prise
en charge de la facture. Le blocage se situerait désormais au niveau des
procédures administratives et financières relevant du ministère de l'Économie
et du Budget.
Si ces informations se confirment, la
situation soulève une question fondamentale : comment une entreprise qui a
répondu à une commande publique, livré les produits attendus et contribué à l'approvisionnement
des structures sanitaires peut-elle rester aussi longtemps dans l'attente du
règlement de sa créance ?
Au-delà du différend financier, c'est toute
une chaîne de valeur qui se trouve fragilisée : l'emploi, la production locale,
la disponibilité des médicaments et, surtout, la crédibilité des ambitions
nationales en matière d'industrialisation pharmaceutique.
La
souveraineté pharmaceutique à l'épreuve des lenteurs administratives
L'affaire La Santé Pharmaceutique dépasse
désormais le seul cadre d'une entreprise en difficulté. Elle pose la question
de la cohérence entre les ambitions politiques affichées en faveur de la
production locale et les mécanismes administratifs chargés de les concrétiser.
Car à quoi servirait d'encourager
l'implantation d'industries pharmaceutiques au Gabon si celles-ci ne peuvent
honorer durablement leurs engagements faute de règlement des commandes
publiques ?
Aujourd'hui, les investisseurs et les
employés attendent un dénouement rapide. Le règlement de la créance pourrait
représenter une bouffée d'oxygène pour une entreprise dont les capacités de
production risquent de se détériorer davantage avec le temps.
À
Nkok, l'urgence n'est donc plus seulement industrielle : elle est aussi
économique et sociale. Derrière les
factures en attente, ce sont près de 100 familles qui espèrent retrouver leur
dignité professionnelle et une usine qui attend de pouvoir reprendre ses
activités.
Le dernier mot revient désormais aux
autorités financières de l'État. Car sauver La Santé Pharmaceutique, c'est
aussi donner une traduction concrète à l'ambition de souveraineté sanitaire
portée par les plus hautes autorités du pays.
Max
Ndong
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