SANTÉ –
RECHERCHE SCIENTIFIQUE
Par Guy Bertrand Mapangou
L’Iboga,
plante profondément enracinée dans le patrimoine naturel, culturel et spirituel
du Gabon, suscite aujourd’hui un intérêt scientifique croissant à travers le
monde. Son principal alcaloïde, l’ibogaïne, fait notamment l’objet de
recherches sur son potentiel dans le traitement des addictions et de certains
troubles psychiques. Une nouvelle dynamique scientifique qui pose aussi la
question de la valorisation de ce patrimoine gabonais.
Bien avant
son arrivée dans les laboratoires occidentaux, l’Iboga était déjà connu et
utilisé par plusieurs communautés du Gabon, notamment dans des pratiques
initiatiques liées au Bwiti et au Mabandji.
Les anciens
lui attribuaient des propriétés particulières et le désignaient notamment sous
le nom de « Ghétété ghé nòngòni », que l’on peut traduire par « la plante qui
lève le voile ».
Des savoirs
ancestraux aux premières recherches
L’histoire
scientifique occidentale de l’ibogaïne remonte au début du XXᵉ siècle. En 1905,
le Dr Albert Landrin publie à Paris De l’iboga et de l’ibogaïne, un ouvrage qui
décrit notamment certains usages locaux de la plante, sa préparation et
différents procédés d’extraction.
Cette
documentation historique rappelle une réalité essentielle : les propriétés de
l’Iboga étaient connues et transmises au Gabon bien avant les recherches menées
dans les laboratoires occidentaux.
Les savoirs
détenus par les communautés Tsogo, Apindji, Gisir et d’autres groupes culturels
constituent ainsi une composante importante de l’histoire de cette plante.
1987, une
rencontre déterminante
Un autre
épisode marquant intervient en 1987. Howard Lotsof se rend à Libreville afin
d’obtenir de l’Iboga pour poursuivre ses recherches sur le potentiel de
l’ibogaïne dans le traitement des addictions.
Il rencontre
alors le président Omar Bongo et son conseiller scientifique, le Dr Jean-Noël
Gassita.
Selon le
récit de ce voyage, Omar Bongo aurait accepté de mettre de l’écorce d’Iboga Ã
la disposition de la fondation NDA et aurait déclaré : « Ce sera le cadeau du
Gabon au monde. »
Une formule
devenue emblématique, mais qui soulève aujourd’hui une question majeure :
comment faire en sorte que ce patrimoine gabonais continue de bénéficier au
Gabon et aux communautés qui ont préservé ces savoirs ?
Le défi de
la souveraineté scientifique
L’enjeu
n’est pas de s’opposer aux recherches internationales sur l’ibogaïne. Au
contraire, la coopération scientifique peut permettre de mieux comprendre cette
molécule et son potentiel thérapeutique.
Mais cette
coopération doit aussi prendre en compte l’origine de la ressource, les savoirs
traditionnels qui lui sont associés et la question du partage des bénéfices.
Pour le
Gabon, le défi consiste désormais à documenter son patrimoine, préserver les
savoirs ancestraux, renforcer la recherche nationale et développer des
partenariats scientifiques internationaux fondés sur la reconnaissance mutuelle
et l’équité.
L’Iboga peut
être étudié dans les laboratoires du monde entier. Mais son histoire, elle,
commence au Gabon.
Marcelin
ALINOU
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