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Journal Marcelin Alinou 2026-09-11 76 Vues Comments (0 Comment(s))

IBoga : du patrimoine gabonais aux laboratoires du monde

SANTÉ – RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Par Guy Bertrand Mapangou

L’Iboga, plante profondément enracinée dans le patrimoine naturel, culturel et spirituel du Gabon, suscite aujourd’hui un intérêt scientifique croissant à travers le monde. Son principal alcaloïde, l’ibogaïne, fait notamment l’objet de recherches sur son potentiel dans le traitement des addictions et de certains troubles psychiques. Une nouvelle dynamique scientifique qui pose aussi la question de la valorisation de ce patrimoine gabonais.

Bien avant son arrivée dans les laboratoires occidentaux, l’Iboga était déjà connu et utilisé par plusieurs communautés du Gabon, notamment dans des pratiques initiatiques liées au Bwiti et au Mabandji.

Les anciens lui attribuaient des propriétés particulières et le désignaient notamment sous le nom de « Ghétété ghé nòngòni », que l’on peut traduire par « la plante qui lève le voile ».

Des savoirs ancestraux aux premières recherches

L’histoire scientifique occidentale de l’ibogaïne remonte au début du XXᵉ siècle. En 1905, le Dr Albert Landrin publie à Paris De l’iboga et de l’ibogaïne, un ouvrage qui décrit notamment certains usages locaux de la plante, sa préparation et différents procédés d’extraction.

Cette documentation historique rappelle une réalité essentielle : les propriétés de l’Iboga étaient connues et transmises au Gabon bien avant les recherches menées dans les laboratoires occidentaux.

Les savoirs détenus par les communautés Tsogo, Apindji, Gisir et d’autres groupes culturels constituent ainsi une composante importante de l’histoire de cette plante.

1987, une rencontre déterminante

Un autre épisode marquant intervient en 1987. Howard Lotsof se rend à Libreville afin d’obtenir de l’Iboga pour poursuivre ses recherches sur le potentiel de l’ibogaïne dans le traitement des addictions.

Il rencontre alors le président Omar Bongo et son conseiller scientifique, le Dr Jean-Noël Gassita.

Selon le récit de ce voyage, Omar Bongo aurait accepté de mettre de l’écorce d’Iboga à la disposition de la fondation NDA et aurait déclaré : « Ce sera le cadeau du Gabon au monde. »

Une formule devenue emblématique, mais qui soulève aujourd’hui une question majeure : comment faire en sorte que ce patrimoine gabonais continue de bénéficier au Gabon et aux communautés qui ont préservé ces savoirs ?

Le défi de la souveraineté scientifique

L’enjeu n’est pas de s’opposer aux recherches internationales sur l’ibogaïne. Au contraire, la coopération scientifique peut permettre de mieux comprendre cette molécule et son potentiel thérapeutique.

Mais cette coopération doit aussi prendre en compte l’origine de la ressource, les savoirs traditionnels qui lui sont associés et la question du partage des bénéfices.

Pour le Gabon, le défi consiste désormais à documenter son patrimoine, préserver les savoirs ancestraux, renforcer la recherche nationale et développer des partenariats scientifiques internationaux fondés sur la reconnaissance mutuelle et l’équité.

L’Iboga peut être étudié dans les laboratoires du monde entier. Mais son histoire, elle, commence au Gabon.

Marcelin ALINOU

Alinou Marcelin

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